La Prohibition fait référence aux périodes 1919-1932 en Finlande (appelé kieltolaki), 1900-1948 au Canada (varie selon les provinces) et 1919-1933 aux États-Unis d'Amérique où la fabrication, le transport, l'importation, l'exportation et la vente de boisson alcoolisée étaient prohibés.
Canada
La prohibition canadienne fut imposée au XXe siècle. La province de l'Île-du-Prince-Édouard fut la première à mettre en vigueur une telle loi en 1900 alors que le Québec fut la dernière en 1919. Les provinces ont ensuite abrogé ces lois au cours des années vingt. Le Québec fut la première province à retirer sa loi dès 1920, n'imposant la prohibition que sur la seule année 1919-1920. L'Île-du-Prince-Édouard fut la dernière à abroger sa loi de prohibition en 1948.
États-Unis
Aux États-Unis d'Amérique (ÉUA), la prohibition fut établie par le 18e amendement de la constitution des ÉUA (ratifié le 16 Janvier 1919) et par le Volstead Act (établi le 28 octobre 1919). La prohibition débuta le 16 Janvier 1920 lorsque que le 18e amendement pris effet. Le Volstead Act fut amendé afin d'autoriser les breuvages peu alcoolisés comme les bières légères (ne titrant pas plus de 3,2 % d'alcool, 4 % en volume) grâce au Blaine Act du 17 février 1933. Le 18e amendement a été retiré au cours de la même année par la ratification du 21e amendement de la constitution des ÉUA.
Fonctionnement et contournements
La Prohibition fait référence également à une partie du mouvement pour la Tempérance (Temperance movement) qui souhaitait que l'alcool soit rendu illégal. Sont alors apparus les prohibitionnistes, les partisans de la prohibition. Ces derniers comptaient déjà quelques succès pour leur cause à leur actif ; En 1905, trois États américains avaient déjà interdit l'alcool. En 1912 le nombre de ces États passa à 9, et en 1916, la prohibition faisait déjà partie de la législation dans 26 des 48 Etats composant les ÉUA. Après le retrait de la loi fédérale, certains États continuèrent à imposer la prohibition ; l'Oklahoma, le Kansas et l'État du Mississippi étaient toujours « secs » en 1948. L'État du Mississippi, au sein duquel l'alcool fut rendu illégal dès 1907, fut le dernier État à procéder au retrait de la prohibition, en 1966. Bien qu'il reste encore quelques comtés ou communautés encore « secs » à ce jour aux ÉUA (principalement dans le sud du pays), cela n'a plus grand impact de nos jours, tout au plus imposant aux personnes souhaitant consommer de l'alcool un déplacement pour satisfaire leur envie dans un endroit où les bars sont autorisés.
Bien que la prohibition à l'échelle nationale fit beaucoup pour la réduction de la consommation de boissons alcoolisées chez les Américains, ces dernières étaient toujours largement disponibles au sein des speakeasies et autres débits de boissons illégaux, de plus, beaucoup d'établissement conservèrent un bar privé pour servir leur invités. De larges quantités d'alcool passèrent en contrebande depuis le Canada ou les îles françaises de Saint-Pierre et Miquelon (surnommée « les îles du Champagne »). La brasserie à usage domestique légale ou illégale était également populaire durant la prohibition. Des quantités limitées de vin et de cidre brut pouvaient être produites dans un cadre domestique. Certains vins étaient encore produits aux ÉUA mais ceux-ci n'étaient disponibles qu'aux entrepôts gouvernementaux pour les besoins de l'Église, notamment la communion. Le Whisky était disponible sur prescription médicale. Les magasins « Malt and hop » surgirent bientôt dans tout le pays et plusieurs ex-brasseurs se reconvertirent en commercialisant des sirops d'extrait de malt, à des fins de cuisine et de « boisson ».
Le crime organisé et Les Incorruptibles
Beaucoup de notables et politiciens américains admirent posséder de l'alcool durant la prohibition. Cette antinomie entre la législation et les pratiques couramment admises nourrit un mépris conséquent et répandu de la population pour les autorités de l'État, ces dernières étant considérées comme fort hypocrites. La satire prit de multiples formes, incluant de célèbres films Keystone Kops. Certaines personnalités d'exception trouveront grâce aux yeux de la population américaine. Ainsi, les activités d'Eliot Ness et de son équipe de choc composée d'agents du Trésor, surnommée « Les Incorruptibles » (The Untouchables en anglais). Une autre exception sera Izzy Einstein and Moe Smith, duo d'agents de la prohibition à New York, simplement surnommés « Izzy and Moe ». La presse américaine couvrira largement les qualités de ces rares exemples de probité : l'honnêteté proverbiale de Ness alliée à son talent pour les relations publiques, les méthodes plus excentriques et plus déguisées mais cependant hautement efficaces de Izzy and Moe.
La prohibition fournit une opportunité alléchante pour le crime organisé de mettre sur pied des filières d'importations, des fabriques ou encore un réseau de distribution illégal de boissons alcoolisées aux ÉUA. Al Capone fut l'un des leaders de ces trafics d'alcool, bâtissant son empire criminel grâce aux profits des ventes illégales d'alcool. Eliot Ness s'opposera à Capone, dans un combat devenu légendaire. Il ne réussira cependant pas à faire tomber le criminel pour des méfaits graves (vente d'alcool ou meurtre), mais devra recourir à l'invocation des « privilèges indissociables au droit de la personne » pour faire tomber Al Capone sous le coup d'une loi fédérale, contournant les juridictions législatives (les juges corrompus protégeant Capone au niveau local). Celui-ci se verra imposer la peine maximale (10 ans).
La production d'alcool étant tombée dans des mains criminelles ou étant assurée par des fabricants clandestins échappant à tout contrôle, la qualité du produit final variait grandement. Ainsi, de nombreux cas de buveurs souffrant de cécité ou subissant des lésions cérébrales graves furent répertoriés après l'ingestion d'un « bathtub gin » concocté à partir d'alcool industriel et autres poisons chimiques. Un incident resté dans les mémoires est lié au brevet médical (patent medicine) du gingembre de Jamaïque (Jamaica ginger), plus connu par ses consommateurs sous le nom de « Jake ». Il possédait un très fort degré d'alcool et permettaient à ceux qui consommaient ce médicament de contourner l'interdiction de l'alcool. Le Département du Trésor américain exigea des modifications dans la formule de ce dernier pour le rendre imbuvable. Certains revendeurs de Jake peu scrupuleux altéraient leur produit avec un plastifiant industriel pour tenter de contourner les tests gouvernementaux. En conséquence, des dizaines de milliers de victimes ont souffert de paralysie des mains et pieds, très souvent de manière permanente. La distillation amateur de liqueur n'était pas sans danger pour le producteur lui-même, le matériel de distillation trop primitif explosant parfois, provoquant incendies et ravages.
Problèmes engendrés
On notera que dans les années 1890, l'éthanol était le premier carburant utilisé par les voitures. Cet alcool servait de carburant pour les engins agricoles, les locomotives et les voitures, que ce soit en Europe ou aux ÉUA. En 1919, La police de la prohibition détruisit les distillateurs d'alcool de maïs qui servaient aux fermiers à produire à faible coût leur carburant d'éthanol. Les dépenses supplémentaires pour se procurer de l'éthanol carburant forcèrent les agriculteurs à se tourner vers le pétrole, qui était à l'époque fort peu cher.
Beaucoup de problèmes sociaux furent attribués à l'ère de la prohibition. Un marché noir de l'alcool, rentable et souvent violent, s'est épanoui. Le racket surgit quand de puissants gangs corrompirent les agences dont la mission étaient d'assurer la prohibition. Les boissons les plus alcoolisées gagnèrent en popularité car leur pouvoir éthylique les rendaient plus rentables pour faire de la contrebande. Faire respecter la prohibition eut un coût élevé, tout comme l'absence du revenu des taxes sur l'alcool (environ 500 millions de dollars américains annuellement pour l'ensemble des ÉUA) a durement entamé les réserves financières de l'État américain. Quand la prohibition cessa, le crime organisé perdit une part importante de ses revenus liés au marché noir d'alcool, conséquence directe de la concurrence des boissons alcoolisées en vente libre à des prix modérés. Le crime organisé se recycla dans la vente d'autres drogues illégales. Le marché noir repose sur la vente d'un quelconque produit illégal. D'un certain point de vue, la lutte contre les drogues modernes a été comparée à la prohibition. Ce dernier argument ainsi que la validité de l'analogie est cependant critiqué.
La prohibition a eu un impact notable sur l'industrie de l'alcool au sens large au sein des ÉUA. Au moment où la loi fut abrogée, seule la moitié des brasseries d'avant la prohibiton restaient encore ouvertes. La plupart des petites brasseries furent éliminées pour de bon. Étant donné que seules les brasseries industrielles survécurent à la prohibition, la bière américaine en vint à être méprisée, cette dernière ne présentant aucun caractère, si ce n'est celui d'être un produit de consommation de masse. Les connaisseurs de la boisson se plaignent de la faible qualité autant que du manque de variété dans la production. Certains jugent qu'il faut attendre les années 1980 pour considérer qu'un minimum de savoir-faire a été réacquis par les brasseurs américains. Fritz Maytag est traditionnellement crédité pour le début du renouveau de la tradition du brassage de la bière aux ÉUA, la révolution microbrew (micro-brasserie) qui sortit la brasserie américaine de son état de complète décadence.
Les autres sens de « la Prohibition »
Le terme prohibition, en jargon juridique, fait aussi référence aux autres lois interdisant la vente et la consommation d'alcool, en particulier, des lois locales qui ont un effet identique. Le 21e Amendement, qui a annulé la prohibition nationale, donne explicitement aux États le droit de limiter ou interdire l'achat et la vente d'alcool ; ceci a mené à une mosaïque de lois, par lesquelles l'alcool peut être légalement vendu dans certains endroits mais pas dans toutes les villes ou tous les comtés d'un État.
Lexicologiquement, la prohibition de quelque chose signifie l'interdiction de sa présence ou de son usage. Ceci n'est pas toujours le fait des lois ou d'un gouvernement. Une école, par exemple, peut prohiber le port des jupes courtes ; l'Église catholique prohibe l'usage de moyens contraceptifs.